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Dubaï, portrait d’un Emirat mégalo et autiste.

De retour de quatre jours à Dubaï, les mots manquent pour décrire cet Emirat qui n’a pas grand-chose à voir avec son paisible voisin omanais. Bienvenue dans une ville qui semble entièrement conçue pour les voitures et où les rares piétons qu’on aperçoit sont des travailleurs d’Asie du Sud Est, ruche ouvrière qui exécute des plans d’urbanisation toujours plus fous. Nous sommes bien loin du désordre, vacarme et odeurs du Caire…

 

Dubaï, mélange de Disney Land et de clips libanais.

Dubaï…La ville rappelle Disney Land. Ses habitants, quant à eux, rappellent les stars des clips libanais ou tout du moins des imitations plus ou moins réussies. A Dubaï les filles s’habillent et se maquillent comme le ferait une française pour aller à un gala. Les jeunes filles se mettent sur leur trente et un pour aller manger un simple kebab ou fumer une chicha.

 

Dubaï ou l’Ibiza arabe

Il est difficilement concevable que le paradis des « jets-setteurs » arabes ne soit qu’à quelques centaines de kilomètres de la Mecque… Les filles en micro (et non pas mini) jupes et aux décolletés plongeants sont légion. Il y en a autant si ce n’est plus, que des femmes en abaya. Les calculs deviennent difficiles quand on sait qu’une femme en abaya le jour peut se transformer en « jet setteuse » le soir.

 

Un Emirat  avec peu d’Emiratis.

Il est presque rare à Dubaï de croiser des Emiratis. Les expatriés représentent, en effet, 80% de la population. Pour voir des Emiratis, allez au City center, plus grand centre commercial du Moyen Orient. Hommes en dishdashas et femmes en abaya se mêlent aux expatriés arabes, asiatiques, africains et occidentaux. Tout le globe semble d’être donné rendez vous dans un centre commercial. Un spectacle hautement intéressant sociologiquement et qui donne véritablement envie de se consacrer à l’écriture d’un mémoire de recherche consacré aux sociétés du Golfe arabe.

Le regard aiguisé, nous sommes, mon amie Aziza et moi, maintenant aptes à reconnaître d’un seul coup d’œil l’Omanais (coiffé d’un chapeau tissé rappelant ceux des habitants d’Afrique de l’est), le Saoudien conservateur (sa femme porte le niqab), le Saoudien fashion victim de Jeddah (sa femme porte le niqab mais lui un tee shirt Diesel), la Koweitienne (maquillée comme un camion volé), le Maghrébin qui la joue khaliji (il a beau se tuer à parler un arabe qui n’est pas le sien, son accent le trahit), la Libanaise (refaite), la prostituée russe…. Un sacré spectacle !

 

Dubaï : démesure et superficialité.

Dubaï : plages de rêves, buildings dignes de New York, routes à faire pâlir l’Europe. Malgré le confort que cette ville offre, elle laisse une terrible impression de superficialité au visiteur.

Les exemples prouvant la démesure et superficialité de l’Emirat ne manquent pas. On peut skier par exemple à Dubaï alors que le thermomètre affiche 45°C à l’ombre.

Dubaï, également forte de l’idée selon laquelle toutes les grandes métropoles mondiales ont leur « China Town » a « importé » tout simplement des Chinois qu’elle a parqués dans une espèce de grand parc d’exposition. Dans ce hangar, nos amis chinois se partagent stands et boutiques dans lesquels ils vendent des produits made in China bien sûr mais aussi toute une panoplie de produits locaux. Les Emiratis ne semblent pas avoir compris que la formation des China Town dans le monde entier est le fruit de processus historiques et sociaux complexes. L’argent ne permettra jamais aux Emiratis d’acheter l’histoire qui fait tant défaut à leur pays. 

On connaissait déjà les îles dubaïotes artificielles en forme de palmiers, il y aura bientôt de nouvelles îles à Dubaï représentant cette fois chacune un pays du monde. Vu du ciel, on pourra apercevoir une grande mappemonde. Bientôt, en somme, vous pourrez acheter la France et y vivre à Dubaï.

 

L’autisme des Emiratis.

Les quatre jours passés à Dubaï ne permettent bien évidemment pas de tirer des conclusions sur cette ville. On ne peut à ce stade que parler d’impression. « Autistes », c’est le terme que j’utiliserais volontiers pour qualifier nos amis Emiratis et Arabes vivant à Dubaï. Ceux ci donnent l’impression de vivre dans une bulle et d’avoir perdu, s’ils l’ont jamais eu, le sens des réalités. La folie des Emiratis les pousse jusqu’à dépenser le triple du prix de leur voiture pour acquérir la plaque d’immatriculation de leurs rêves. Plus le nombre de la plaque est petit plus le type est riche et veut que cela se sache. La voiture de l’homme à la plaque d’immatriculation 003 que nous avons pu apercevoir n’avait pas de vitres teintées contrairement à la majorité des voitures à Dubaï  «because  he wanna be seen » nous expliquait une amie omanaise.

L’ « autisme » des Emiratis et Arabes du Golfe est d’autant plus choquant que parallèlement à leur monde de strass et de paillettes existe un autre monde à l’opposé du leur : celui des travailleurs du sous continent indien que l’on peut voir travailler jusqu’à des heures avancées de la nuit sans que cela ne paraisse véritablement choquer personne.

 

La frustration amoureuse, fait de société à Dubaï qui vient ruiner l’idée selon laquelle l’argent peut tout.

La croyance selon laquelle il est possible de tout avoir moyennant finance est largement répandue dans le Golfe arabe. Si l’argent permet de se rendre maître l’espace d’une nuit du corps d’une femme, il échoue cependant à acheter son amour. La frustration amoureuse est un fait largement palpable à Dubaï.

Les virées en voiture des célibataires sont un spectacle en eux mêmes. Des hommes à la recherche d’aventures sortent au volant de leur plus belle voiture (car ils en ont bien évidemment plusieurs). Exhibant leurs atouts (leur voiture dans un premier temps, le reste viendra après dans l’intimité) aux jeunes femmes, ils tentent de les séduire. La vitre teintée baissée, on ne peut apercevoir que leur turban et leurs yeux de faucons qui scrutent avec grand intérêt chaque voiture. Si une jeune fille est à leur goût et que sa vitre baissée, ils n’hésiteront pas à lui lancer un bout de papier sur lequel ils auront pris le soin, au préalable, d’inscrire leur numéro de téléphone. En Oman, j’avais assisté à une scène quelque peu similaire à la plage. Une personne avait tracé des cœurs sur le sable et avait laissé son numéro de téléphone. A chaque pays ses particularités !

 

Un des grands fléaux à Dubaï est, sans conteste, celui de la prostitution. Il y a véritablement de quoi satisfaire tous les goûts : Maghrébines, Asiatiques, Africaines, Européennes… Le goût des Emiratis se porte particulièrement sur les Marocaines qui forment une grande partie du contingent des prostituées de luxe au point qu’il est fortement recommandé aux Marocaines se trouvant à Dubaï d’éviter de divulguer leur nationalité tant celle-ci est en passe de devenir un synonyme de « prostituée » dans la vie courante.

J’avais toujours cru, naïvement, que l’on ne trouvait des prostituées que dans les endroits un peu louches et glauques des grandes villes. A Dubaï la prostitution est quasiment présente dans tous les lieux de sorties (restaurants, boîtes…). Même les restaurants chics n’échappent pas à cette règle. En plus de la variété ethnique des prostituées à Dubaï, il y en a pour toutes les bourses. Un commerce bien démocratique que celui de la prostitution !

 

Derniers moments à Dubaï.

A ces petites sorties se sont ajoutées des virées dans les malls (une institution à Dubaï), le souk de l’or et la belle plage d’Al Jumeira, de quoi avoir un petit aperçu de la vie à Dubaï…

Après ces quatre jours exténuants (tant physiquement que mentalement), je suis ravie de retrouver mon beau petit Sultanat d’Oman qui a su garder authenticité et modestie. Ravie de t’avoir connu ô Dubaï, tu m’as bien fait tourner la tête pendant quatre jours et quatre nuits mais c’est bel et bien Mascate qui a gagné mon cœur par son charme, son calme et sa douceur !

            Conclusion après les quatre jours passés  à Dubaï : VIVE MASCATE !

Amira S.

 

décembre 6, 2006 Posté par khomsa | Voyage / Travel | | 4 commentaires

Un séjour dans la “Big Apple”

« New York est une ville debout, sous le signe des temps nouveaux. C’est une catastrophe, mais une belle et digne catastrophe.» (Le Corbusier)

Vous avez certainement entendu parler ou peut être visiter l’état de New York et plus précisément New York City qui s’avère la principale agglomération des Etats-Unis. Cette ville, surnommée «The Big Apple », est composée de 5 districts qui sont Manhattan, Brooklyn et Queens, Bronx, Staten Island. Cette ville m’a accueilli chaleureusement pendant l’été dernier, donc j’ai voulu vous faire partager l’expérience que j’ai vécue dans ce bout du monde et pourquoi pas vous encourager à avoir la vôtre.

 

Je me suis toujours demandé qu’est ce qui a fait des Etats-Unis la force mondiale la plus dominante et j’ai souhaité pouvoir côtoyer des Américains et explorer leur culture et pensée. En participant au programme d’échange ICCP « International Camp Counsellor Program » j’ai eu la chance de relever ce mystère.

Tout d’abord, mon voyage vers New York était très excitant, le vol a duré 8 heures et comme la différence horaire entre Paris et New York était de 6 heures, j’avais revécut 6 heures de plus. C’était en fait le jour le plus long que j’ai jamais vécut mais c’était aussi l’un des plus merveilleux. Lors de mon arrivée à l’hôtel, j’ai rencontré presque toutes les nationalités du monde réunies par l’hospitalité des responsables du programme. On dirait que toute la terre était invitée. J’ai rencontré des gens qui ne me partage que l’amour pour le voyage et la curiosité et la connaissance de l’anglais était notre seul moyen de communication.
Bien qu’on venait de se connaître nous étions aussi ouverts les uns sur les autres comme si on se connaissait depuis toujours. En fait nous avons partagé tant de caractère avant même qu’on s’est rencontré : le respect de l’autre, l’amour des différences et la soif pour connaître les différents cultures du monde. Je me suis trouvée pour la première fois face à un public de quelques centaines de personnes pour me présenter et présenter mes origines et ma culture en Anglais. Au début, j’avais la trouille mais en voyant le regard attentif des interlocuteurs, j’ai pris confiance en moi. J’ai senti que je n’étais pas une simple étudiante mais j’étais la représentante de mon pays et de ma culture face à du public international.
Le jour d’après chacun a pris son chemin vers le camp où il a passé le reste de l’été.

Moi je suis restée à New York, j’ai travaillé dans village dédié aux handicapés, en tant que Camp Counsellor. Qui pourrait imaginer, vivre au près de la montagne au bord d’un lac entourée de la verdure dans l’état de New York !! Dans mon lieu de travaille j’ai aussi rencontré une famille internationale gouvernée par le respect de l’autre, l’ouverture sur les différences et la fraternité. Nous avons partagé des moments difficiles dans le travail ainsi que des moments de bonheur. C’était pour moi une occasion très enrichissante à propos des autres cultures, des problèmes contemporains des gens de mon age et elle m’a permis aussi de présenter ma culture et de la définir pour ceux qui ne l’ont jamais connu.
En plus, c’était une occasion pour mieux me connaître, mieux m’évaluer. J’étais même devenue très ponctuelle et j’ai découvert en moi une capacité énorme d’énergie. J’ai travaillé dans différents groupes ce qui m’a permis de mieux connaître les gens, améliorer ma compréhension des différents caractères et même de gagner des amis fidèles qui ne cessent de me contacter jusqu’à nos jours.

Jusqu’à maintenant je n’ai pas parlé des Américains. En fait mon vrai contact avec eux était pendant les week-ends que je passais en général dans le centre ville. Ces gens sont très chaleureux et sont toujours prêts à vous offrir leur aide et vous guider. Ils sont très sympathiques mais ils ne tolèrent pas la négligence et le non respect des horaires du travail ou des rendez-vous même avec leur proches ou leurs amis. Ils sont stricts et dévoués au travail.

 

A New York, j’avais rencontré des gens de différentes classes, il y en a même des petits marchands qui ont placé leurs stands aux bords des rues pour vendre de la nourriture ou des livres ou des souvenirs. Il y avait aussi des quartiers de différentes nationalité : le quartier chinois qui vous porte vers la chine, le quartier italien qui vous permet d’explorer le mode de vie des italiens…

De point de vue architecture cette ville, est gigantesque et s’est développée en hauteur, Lower Manhattan est en fait un groupement de grattes ciels ayant au minimum une soixantaine d’étages. Les rues sont très vastes et le transport privé et très développé contrairement au transport public qui est toujours inconfortable et dans des « subways », des métros souterrains étouffants.

 

Vue la diversité du peuple Américain, on peut trouver tout genre de cuisine, la cuisine chinoise, japonaise, italienne, mexicaine… mais pas de cuisine purement Américaine pas même un seul plat caractéristique. Par contre on trouve des tonnes de fast food : Subway, Burger King, Macdonald bien sûr, Pizza hut…

J’espère que je vous ai donné une idée générale sur cette ville qui je pense vaut la peine d’être visitée et dont le peuple est très sympathique et bien cultivé.

Dorsaf

décembre 6, 2006 Posté par khomsa | Voyage / Travel | | Pas encore de commentaires

Un détour par l’Argentine

L’article qui, selon l’idée initiale, se voulait être un « zoom sur les Tunisiens en Argentine », a dû subir des mutations face au manque de coopération de l’Ambassade de Tunisie à Buenos Aires qui semble avoir réussi le tour de force de (dé)former son personnel argentin aux standards de nos administrations tunisiennes. A défaut de vous présenter ainsi nos compatriotes de Buenos Aires qui, pour des raisons très diverses et souvent insolites, ont décidé de s’expatrier à 12 000 km de Tunis, c’est à un petit détour par l’Argentine, terre mythique du tango, des gauchos et du Che que vous convie ce mois Khomsa. Alors sans plus attendre : Vamos chicos !

 

Un pays à la diversité surprenante.

Buenos Aires, capitale de 13 millions d’habitants, abrite à elle seule le tiers de la population argentine et a de quoi étonner le voyageur européen qui après plus de treize heures d’avion et près de 12 000 km parcourus, se retrouve dans une ville qui n’est pas sans rappeler Madrid, Rome ou parfois même Paris. La réputation de « Paris du sud » dont jouit Buenos Aires et qui fait sa fierté s’explique aisément quand on sait que la population argentine pour près de 80% est de descendance européenne et que des pierres ont même été rapportées de France dans les cargos qui rentraient vides après avoir livré l’Europe en bétail et céréales.

Si Buenos Aires semble européenne, l’intérieur du pays vous offre un dépaysement inoubliable. A environ 3000 km au sud de la capitale, distance qui équivaut un Paris/Istanbul soit dit en passant, s’étendent les glaciers de Calafate. A la frontière chilienne. Le parc national de Calafate s’étend sur pas moins de 600 000 hectares et a été classé patrimoine mondial de l’humanité en 1981 par l’UNESCO. Les glaciers peuvent atteindre jusqu’à 80 mètres de haut. Le spectacle d’une rare beauté est encore plus poignant à la tombée de pans de glace entier dans le lac.

A environ 1500 km au nord de Buenos Aires, c’est au tour des chutes d’Iguazu de s’étendre, formant ainsi une formidable frontière naturelle entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. Moins connues que les chutes du Niagara, les chutes d’Iguazu qui peuvent atteindre les 80 mètres de haut sont non seulement plus hautes que ces dernières mais aussi bien plus impressionnantes selon les dires de personnes qui ont eu la chance de pouvoir comparer ces deux merveilles. Les émotions ressenties face à cette merveille naturelle sont difficilement descriptibles. Des passerelles permettent aux visiteurs de parcourir le site naturel et arrivé au dessus de la « garganta del diablo », la chute principale, le coeur s’emballe et les yeux saisis par la beauté unique du spectacle restent incrédules. Cette fantastique vue, qu’une vie entière ne pourra certainement pas effacer, mérite à elle seule le déplacement en Argentine ! Certains Argentins n’hésitent pas à multiplier les voyages à Iguazu, histoire de voir les chutes en été et en hiver, un luxe qui en fait rêver plus d’un !

L’Argentine regorge d’autres merveilles. Calafate et Iguazu ne sont qu’un aperçu de la variété des paysages argentins.

Ils sont fous ces Argentins !

Si les paysages argentins sont décoiffant, qu’en est il des Argentins ? Plusieurs choses attirent l’attention à l’arrivée à Buenos Aires.

La façon de conduire des Argentins tout d’abord. Les Argentins sont de « meilleurs chauffards » que les Tunisiens. C’est difficilement concevable mais pourtant vrai. Les « colectivos », les bus locaux sont dans un piteux état, ils ne roulent pas mais glissent sur la chaussée. Les conducteurs se prennent pour des pilotes de formule 1. L’aventure devient plus effrayante si le chauffeur de « colectivo » se met à écrire des sms pendant le trajet !

La fierté des Argentins ne passe pas inaperçue non plus. Les Argentins ont beau avoir les yeux rivés sur l’Europe, ils ne veulent absolument pas qu’on les confonde avec les « gallegos ». Chose assez paradoxale dans la mesure où les Argentins arguent souvent de leurs ascendances européennes pour se distinguer des autres latinos. L’Argentin a l’air de dire : « ni Européen, ni latino mais Argentin ! ». Cette fierté nationale s’exprime surtout lors de grandes fêtes nationales ou récemment lors de la coupe du monde de football où chaque victoire de l’équipe nationale était suivie d’une grande fiesta en plein centre de la capitale.

 

La télévision argentine mérite également que l’on parle d’elle un instant. Vous ne pouvez pas déprimer longtemps à Buenos Aires si vous avez un poste télé chez vous. Certaines émissions sont d’un ridicule consternant. Le journal télévisé est affligeant. On vous y apprend la mort d’enfants sur un fond de musique techno et puis sans tarder le présentateur vous propose un petit extrait du nouveau clip de Ricky Martin ! On pourrait presque résumer le JT argentin à trois mots : sexe, sang, larmes. Mis à part le Journal télévisé, vous apprendrez avec délectation et images à l’appui des choses aussi intéressantes que les quatre types de cellulite existant, les méthodes pour reconquérir son mari ainsi que les derniers potins hollywoodiens.

 

Les garçons argentins quant à eux donnent presque envie de parler de garçonnes tant la coquetterie des Argentins est prononcée. Il est assez amusant de voir le mal fou que les jeunes Argentins se donnent pour paraître négligé ! Il s’agit là d’un « négligé travaillé » et élégant ou du moins qui se revendique comme tel : une petite barbe de trois jours, les cheveux dans le vent, le regard ténébreux, on retrouve tous les stéréotypes que l’on peut avoir des Argentins et plus généralement des Latinos. Le rapport des Argentins aux femmes a de quoi faire sourire également. Si une jolie femme peut passer complètement inaperçue à Paris, une femme d’une beauté disons moyenne à Buenos Aires se fera toujours flatter dans la rue. A force des les entendre les multiples variantes de « jolie » que lancent à longueur de journée les hommes (« hermosa”,” preciosa”, “divina”, “linda”, “relinda”, “guapa”…), finissent par passer inaperçues. Certains essayent cependant d’innover et avec un peu de chance, mesdemoiselles, vous aurez le droit à un plus original « qué flor tan hermosa ! Se nota que es la primavera ! » (Quelle jolie fleur ! On voit bien que c’est le printemps !). Ce n’est pas à Paris que vous entendrez ça !

La communauté arabo-musulmane de Buenos Aires.

Il existe en Argentine une communauté arabe qui si bien sûr elle n’égale pas en nombre celles des pays européens reste assez importante. Les chiffres exacts sont malheureusement très difficiles à recueillir dans la mesure où cette communauté est surtout composée de descendants de Libanais et Syriens, toujours est-il qu’il n’est pas rare de rencontrer à Buenos Aires des Khalil, Samira ou Yamilé. L’immigration syro-libanaise vers l’Argentine et plus globalement vers l’Amérique latine a débuté à la fin du XIXème siècle, alors que les deux pays étaient encore sous domination de l’Empire ottoman musulman qui a persécuté les ressortissants chrétiens de ces pays. C’est donc avec des passeports de l’Empire ottoman qu’ont débarqué ces immigrants arabes qui ont été surnommés pour cette raison « turcos », appellation qui remplace celle d’ « arabes » jusqu’aujourd’hui !

Si un Argentin vous parle de « El Turco », il faudra comprendre Carlos Menem. L’ancien président argentin, élu en 1989 et réélu en 1995, d’ascendance syrienne s’est converti au catholicisme pour pouvoir assumer la présidence de la République argentine mais n’a pas hésité à faire don d’un terrain de 34 000 mètres carrés dans un des quartiers les plus chics de la capitale argentine afin d’y construire la plus grande mosquée d’Amérique latine financée par des fonds saoudiens. Cette mosquée qui abrite également un collège est d’une beauté sobre et rare et organise des activités aussi variées que des tournois de football, des discussions sur l’Islam ou des cours de langue arabe.

La réalité de l’immigration arabe en Argentine trouve sûrement sa meilleure expression dans la multitude de restaurants arabes et écoles de danse orientale dont regorge Buenos Aires et qui étonne le visiteur non informé des causes de leur existence. Même si le phénomène est (encore) infime, il convient de signaler la présence à Buenos Aires de nouveaux migrants arabes (souvent maghrébins) venus en Argentine avec le seul but d’acquérir la nationalité du pays. Une fois la carte d’identité et le passeport argentins en leur possession, il leur sera, en effet, beaucoup plus facile de se voir délivrer des visas pour les Etats-Unis, le Canada ou encore l’Europe…

Argentina… como y cuando no lo sé… pero sé que regresaré…

Amira S.

décembre 6, 2006 Posté par khomsa | Voyage / Travel | | Pas encore de commentaires

Vers Kairouan

Ce texte est tiré des mémoires de Guy de Maupassant « De Tunis à Kairouan » écrit en 1890.

Quand Sidi-Okba, avec ses cavaliers, arriva dans ce désert sinistre où s’étale aujourd’hui ce qui reste de la ville sainte, il campa dans cette solitude. Ses compagnons, surpris de le voir s’arrêter dans ce lieu, lui conseillèrent de s’éloigner, mais il répondit :

Ils lui objectèrent qu’il n’y avait ni eau pour boire, ni bois, ni pierres pour construire. Sidi-Okba leur imposa silence par ces mots : “Dieu y pourvoira.” Le lendemain, on vint lui annoncer qu’une levrette avait trouvé de l’eau. On creusa donc à cet endroit, et on découvrit à seize mètres sous le sol, la source qui alimente le grand puits coiffé d’une coupole où un chameau tourne le long du jour, la manivelle élévatoire.

Le lendemain encore, des Arabes, envoyés à la découverte, annoncèrent à Sidi-Okba qu’ils avaient aperçu des forêts sur les pentes de montagnes voisines.

Et le jour suivant, enfin, des cavaliers, partis le matin, rentrèrent au galop, en criant qu’ils venaient de rencontrer des pierres, une armée de pierres en marche, envoyées par Dieu sans aucun doute.

On sait que, pour les croyants, sept pèlerinages à Kairouan valent un pèlerinage à La Mecque.

15 décembre :

Le jour ne parait pas encore quand un de mes compagnons me réveille. Nous avons projeté de prendre un bain maure dès la première heure, avant de visiter la ville.

On circule déjà par les rues, car les Orientaux se lèvent avant le soleil, et nous apercevons entre les maisons un beau ciel propre et pâle plein de promesses de chaleur et de lumière.

On suit des ruelles, encore des ruelles, on passe le puits où le chameau emprisonné dans la coupole tourne sans fin pour monter l’eau, et on pénètre dans une maison sombre, aux murs épais, où l’on ne voit rien d’abord, et dont l’atmosphère humide et chaude suffoque un peu dès l’entrée.

Puis on aperçoit des Arabes qui sommeillent sur des nattes ; et le propriétaire du lieu, après nous avoir fait dévêtir, nous introduit dans les étuves, sortes de cachots noirs et voûtés où le jour naissant tombe du sommet par une vitre étroite et dont le sol est couvert d’une eau gluante dans laquelle on ne peut marcher sans risquer, à chaque pas, de glisser et de tomber.

Or, après toutes les opérations du massage, quand nous revenons au grand air, une ivresse de joie nous étourdit, car le soleil levé illumine les rues et nous montre, blanche comme toutes les villes arabes, Kairouan la sainte.

Elle nous apparaît soudain, au détour d’une rue. C’est un immense et pesant bâtiment soutenu par d’énormes contreforts, une masse blanche, lourde, imposante, belle d’une beauté inexplicable et sauvage. En y pénétrant apparaît d’abord une cour magnifique enfermée par un double cloître que supportent deux lignes élégantes de colonnes romaines et romanes. On se croirait dans l’intérieur d’un beau monastère d’Italie.

La mosquée proprement dite est à droite, prenant jour sur cette cour par dix-sept portes à double battant, que nous faisons ouvrir toutes grandes avant d’entrer. Je ne connais par le monde que trois édifices religieux qui m’aient donné l’émotion inattendue et foudroyante de ce barbare et surprenant monument : le mont Saint-Michel, Saint-Marc de Venise, et la chapelle Palatine à Palerme.

Devant nous apparaît un temple démesuré, qui a l’air d’une forêt sacrée, car cent quatre-vingts colonnes d’onyx, de porphyre et de marbre supportent les voûtes de dix-sept nefs correspondant aux dix-sept portes.

Le regard s’arrête, se perd dans cet emmêlement profond de minces piliers ronds d’une élégance irréprochable, dont toutes les nuances se mêlent et s’harmonisent, et dont les chapiteaux byzantins, de l’école africaine et de l’école orientale, sont d’un travail rare et d’une diversité infinie. Quelques-uns m’ont paru d’une beauté parfaite. Le plus original peut-être représente un palmier tordu par le vent.

A mesure que j’avance en cette demeure divine, toutes les colonnes semblent se déplacer, tourner autour de moi et former des figures variées d’une régularité changeante.

Dans nos cathédrales gothiques, le grand effet est obtenu par la disproportion voulue de l’élévation avec la largeur. Ici, au contraire, l’harmonie unique de ce temple bas vient de la proportion et du nombre de ces fûts légers qui portent l’édifice, l’emplissent, le peuplent, le font ce qu’il est, créent sa grâce et sa grandeur. Leur multitude colorée donne à l’oeil l’impression de l’illimité, tandis que l’étendue peu élevée de l’édifice donne à l’âme une sensation de pesanteur. Cela est vaste comme un monde, et on y est écrasé sous la puissance d’un Dieu. Le Dieu qui a inspiré cette oeuvre d’art superbe est bien celui qui dicta le Coran, non point celui des Évangiles.

Partout on rencontre de remarquables détails. La chambre du sultan, qui entrait par une porte réservée, est faite d’une muraille en bois ouvragée comme par des ciseleurs. La chaire aussi, en panneaux curieusement fouillés, donne un effet très heureux, et la mihrab qui indique La Mecque est une admirable niche de marbre sculpté, peint et doré, d’une décoration et d’un style exquis.

En face de la porte centrale de la mosquée, la neuvième, à droite comme à gauche, se dresse, de l’autre côté de la cour, le minaret. Il a cent vingt-neuf marches.

Isolée, hors de la ville, distante à peine d’un kilomètre, la zaouïa, ou plutôt la mosquée de Sidi-Sahab (le barbier du Prophète), attire de loin le regard.

Toute différente de Djama-Kebir, dont nous sortons, celle-ci, nullement imposante, est bien la plus gracieuse, la plus colorée, la plus coquette des mosquées, et le plus parfait échantillon de l’art décoratif arabe que j’aie vu.

On pénètre par un escalier de faïences antiques, d’un style délicieux, dans une petite salle d’entrée pavée et ornée de la même façon. Une longue cour la suit, étroite, entourée d’un cloître aux arcs en fer à cheval retombant sur des colonnes romaines et donnant, quand on y entre par un jour éclatant, l’éblouissement du soleil coulant en nappe dorée sur tous ces murs recouverts également de faïences aux tons admirables et d’une variété infinie. La grande cour carrée où l’on arrive ensuite en est aussi entièrement décolorée. La lumière luit, ruisselle, et vernit de feu cet immense palais d’émail où s’illuminent sous le flamboiement du ciel saharien tous les dessins et toutes les colorations de la céramique orientale. Au-dessus courent des fantaisies d’arabesques inexprimablement délicates. C’est dans cette cour de féerie que s’ouvre la porte du sanctuaire qui contient le tombeau de Sidi-Sahab, compagnon et barbier du Prophète, dont il garda trois poils de barbe sur sa poitrine jusqu’à sa mort.

Recueilli par Hind BEJI

septembre 9, 2006 Posté par khomsa | Voyage / Travel | | Pas encore de commentaires