Fuite des cerveaux, Comment y faire face ?
Quel est le problème ?
Un pays sans cerveaux est comme un corps sans âme !!! De la même manière que le Québec ou les Etats-Unis vident la France de ses talents, la France vide la Tunisie et d’autres pays des ses compétences. Le phénomène de fuite des cerveaux du continent africain vers les pays développés n’est pas nouveau, mais il devient de plus en plus inquiétant ; en effet les conséquences sont d’autant plus préjudiciables que l’écart entre pays développés et pays en voie de développement se creuse. Ceci concerne toutes les disciplines bien que cela soit plus accentué dans le domaine des sciences et de la médecine.
Pourquoi partir ?
Beaucoup de raisons motivent les départs: l’amélioration des salaires et de la qualité de vie, la recherche d’un meilleur environnement de travail dans le sens le plus large ainsi que la recherche… Toutes ces raisons sont certainement valables ; mais justifient t-elles le départ du pays où nous sommes nés et qui a financé nos études pour faire bénéficier de notre savoir faire d’autres pays ? L’exode des compétences donne lieu à un conflit d’intérêts entre pays hôtes et pays d’origine. Il est clair que pour assurer la croissance et le développement économique, tous les pays ont besoin des compétences qualifiées et de l’expérience confirmée des travailleurs diplômés. Si ce personnel peut être importé, à moindre coût de formation, les pays « récepteurs » ne peuvent qu’apprécier. La fuite suppose un danger mais est ce le cas en Tunisie ? Personnellement, je ne pense pas. Il est clair que la Tunisie évolue. Alors en attendant, beaucoup de nos cadres, jeunes et moins jeunes, continueront à aller vers d’autres cieux.
Comment peut-on remédier à cette situation ?
Il faut, pour garder nos « cerveaux », réduire le temps entre l’obtention du diplôme et celle du premier emploi par l’instauration de structures d’orientation, de conseils et de rencontres entre nouveaux diplômés et employeurs. Une association comme celle des Tunisiens des Grandes Ecoles (ATUGE) a donné le ton en organisant, à Tunis, un espace de rencontre entre les étudiants et notamment ceux récemment diplômés et les entreprises. Il faut, en second lieu, « imposer » aux multinationales étrangères qui s’installent de recruter des cadres locaux et de leur permettre d’accéder aux postes de responsabilité. Par ailleurs, le secteur de la recherche est plus que tout autre secteur exposé à l’exode des compétences. Particulièrement dans ce domaine, il faut garder un contact permanent avec l’activité scientifique à l’étranger. Nos compétences à l’étranger peuvent être ce lien et constituer un pont de coopération scientifique qui existe déjà pour le cas de la Tunisie et ne demande qu’à être renforcé. Il faut enfin informer nos jeunes étudiants sur la place de la recherche et du chercheur en Tunisie et démythifier l’image du Tunisien installé à l’étranger. En effet, l’objectif que les dépenses de la recherche représentent 1% du PIB en 2004, fixé par une décision présidentielle en 1999, a été atteint.
Le prochain objectif étant de 1,25 % du PIB en 2009(Ce taux est de (2,2 %) pour la France, (3,65%)pour la Suède, (3,40%) pour la Finlande, (2,98%) pour le Japon, (2,80%) pour les Etats-Unis et (2,53%) pour l’Allemagne)
Courbe d’évolution du DIRD/PIB de 1992 à 2004

Et pour finir…..
Si, dans certaines conditions, le choix d’émigrer ne peut être contesté, il n’en demeure pas moins que la personne concernée est redevable au pays qui l’a formé et qu’à ce titre, il doit obligatoirement contribuer, même de loin, à l’effort de développement de son pays. Il faut, pour cela, essayer de garder le contact avec ceux qui sont installés à l’étranger. En effet, la probabilité de retour est d’autant plus faible que l’individu est coupé de son pays d’origine, ou que l’information qui lui parvient est tronquée ou déformée. Ceci nécessite un effort à double sens : un effort des décideurs politiques pour renforcer le lien et de la bonne volonté de l’émigrant pour maintenir ce lien. S’il est aberrant d’expliquer l’exode des compétences par un manque de postes dans les pays d’origine, il peut être utile de demander aux pays en voie de développement de créer, dans la mesure du possible, des structures aptes à accueillir ces compétences et de réduire ainsi le nombre des départs. D’autre part, s’il est vrai, que l’exode des travailleurs hautement qualifiés répond à la théorie de l’offre et de la demande, il n’est pas insensé de demander aux pays profitant de cet exode de contribuer au coût de cette formation. Je dirais pour conclure que, dans le domaine particulier de la recherche, faute de pouvoir retenir la main d’oeuvre qualifiée, pourquoi ne pas essayer de développer, là où il n’y en a pas, des réseaux de recherche impliquant des pays développés et des pays moins développés ou de renforcer ceux déjà existants. Nous en serons tous bénéficiaires, d’une part les pays en développement et les pays pauvres pourraient tirer profit de leurs ressortissants qui choisissent de s’établir à l’étranger, et d’autre part les pays riches continueraient à attirer une immigration organisée, qui n’a rien à voir avec le projet de loi qui fait actuellement couler beaucoup d’encre (l’« immigration choisie » de Nicolas Sarkozy). Mais cela est un tout autre sujet…
Amira MOUGOU

