De retour de quatre jours à Dubaï, les mots manquent pour décrire cet Emirat qui n’a pas grand-chose à voir avec son paisible voisin omanais. Bienvenue dans une ville qui semble entièrement conçue pour les voitures et où les rares piétons qu’on aperçoit sont des travailleurs d’Asie du Sud Est, ruche ouvrière qui exécute des plans d’urbanisation toujours plus fous. Nous sommes bien loin du désordre, vacarme et odeurs du Caire…
Dubaï, mélange de Disney Land et de clips libanais.
Dubaï…La ville rappelle Disney Land. Ses habitants, quant à eux, rappellent les stars des clips libanais ou tout du moins des imitations plus ou moins réussies. A Dubaï les filles s’habillent et se maquillent comme le ferait une française pour aller à un gala. Les jeunes filles se mettent sur leur trente et un pour aller manger un simple kebab ou fumer une chicha.
Dubaï ou l’Ibiza arabe
Il est difficilement concevable que le paradis des « jets-setteurs » arabes ne soit qu’à quelques centaines de kilomètres de la Mecque… Les filles en micro (et non pas mini) jupes et aux décolletés plongeants sont légion. Il y en a autant si ce n’est plus, que des femmes en abaya. Les calculs deviennent difficiles quand on sait qu’une femme en abaya le jour peut se transformer en « jet setteuse » le soir.
Un Emirat avec peu d’Emiratis.
Il est presque rare à Dubaï de croiser des Emiratis. Les expatriés représentent, en effet, 80% de la population. Pour voir des Emiratis, allez au City center, plus grand centre commercial du Moyen Orient. Hommes en dishdashas et femmes en abaya se mêlent aux expatriés arabes, asiatiques, africains et occidentaux. Tout le globe semble d’être donné rendez vous dans un centre commercial. Un spectacle hautement intéressant sociologiquement et qui donne véritablement envie de se consacrer à l’écriture d’un mémoire de recherche consacré aux sociétés du Golfe arabe.
Le regard aiguisé, nous sommes, mon amie Aziza et moi, maintenant aptes à reconnaître d’un seul coup d’œil l’Omanais (coiffé d’un chapeau tissé rappelant ceux des habitants d’Afrique de l’est), le Saoudien conservateur (sa femme porte le niqab), le Saoudien fashion victim de Jeddah (sa femme porte le niqab mais lui un tee shirt Diesel), la Koweitienne (maquillée comme un camion volé), le Maghrébin qui la joue khaliji (il a beau se tuer à parler un arabe qui n’est pas le sien, son accent le trahit), la Libanaise (refaite), la prostituée russe…. Un sacré spectacle !
Dubaï : démesure et superficialité.
Dubaï : plages de rêves, buildings dignes de New York, routes à faire pâlir l’Europe. Malgré le confort que cette ville offre, elle laisse une terrible impression de superficialité au visiteur.
Les exemples prouvant la démesure et superficialité de l’Emirat ne manquent pas. On peut skier par exemple à Dubaï alors que le thermomètre affiche 45°C à l’ombre.
Dubaï, également forte de l’idée selon laquelle toutes les grandes métropoles mondiales ont leur « China Town » a « importé » tout simplement des Chinois qu’elle a parqués dans une espèce de grand parc d’exposition. Dans ce hangar, nos amis chinois se partagent stands et boutiques dans lesquels ils vendent des produits made in China bien sûr mais aussi toute une panoplie de produits locaux. Les Emiratis ne semblent pas avoir compris que la formation des China Town dans le monde entier est le fruit de processus historiques et sociaux complexes. L’argent ne permettra jamais aux Emiratis d’acheter l’histoire qui fait tant défaut à leur pays.
On connaissait déjà les îles dubaïotes artificielles en forme de palmiers, il y aura bientôt de nouvelles îles à Dubaï représentant cette fois chacune un pays du monde. Vu du ciel, on pourra apercevoir une grande mappemonde. Bientôt, en somme, vous pourrez acheter la France et y vivre à Dubaï.
L’autisme des Emiratis.
Les quatre jours passés à Dubaï ne permettent bien évidemment pas de tirer des conclusions sur cette ville. On ne peut à ce stade que parler d’impression. « Autistes », c’est le terme que j’utiliserais volontiers pour qualifier nos amis Emiratis et Arabes vivant à Dubaï. Ceux ci donnent l’impression de vivre dans une bulle et d’avoir perdu, s’ils l’ont jamais eu, le sens des réalités. La folie des Emiratis les pousse jusqu’à dépenser le triple du prix de leur voiture pour acquérir la plaque d’immatriculation de leurs rêves. Plus le nombre de la plaque est petit plus le type est riche et veut que cela se sache. La voiture de l’homme à la plaque d’immatriculation 003 que nous avons pu apercevoir n’avait pas de vitres teintées contrairement à la majorité des voitures à Dubaï «because he wanna be seen » nous expliquait une amie omanaise.
L’ « autisme » des Emiratis et Arabes du Golfe est d’autant plus choquant que parallèlement à leur monde de strass et de paillettes existe un autre monde à l’opposé du leur : celui des travailleurs du sous continent indien que l’on peut voir travailler jusqu’à des heures avancées de la nuit sans que cela ne paraisse véritablement choquer personne.
La frustration amoureuse, fait de société à Dubaï qui vient ruiner l’idée selon laquelle l’argent peut tout.
La croyance selon laquelle il est possible de tout avoir moyennant finance est largement répandue dans le Golfe arabe. Si l’argent permet de se rendre maître l’espace d’une nuit du corps d’une femme, il échoue cependant à acheter son amour. La frustration amoureuse est un fait largement palpable à Dubaï.
Les virées en voiture des célibataires sont un spectacle en eux mêmes. Des hommes à la recherche d’aventures sortent au volant de leur plus belle voiture (car ils en ont bien évidemment plusieurs). Exhibant leurs atouts (leur voiture dans un premier temps, le reste viendra après dans l’intimité) aux jeunes femmes, ils tentent de les séduire. La vitre teintée baissée, on ne peut apercevoir que leur turban et leurs yeux de faucons qui scrutent avec grand intérêt chaque voiture. Si une jeune fille est à leur goût et que sa vitre baissée, ils n’hésiteront pas à lui lancer un bout de papier sur lequel ils auront pris le soin, au préalable, d’inscrire leur numéro de téléphone. En Oman, j’avais assisté à une scène quelque peu similaire à la plage. Une personne avait tracé des cœurs sur le sable et avait laissé son numéro de téléphone. A chaque pays ses particularités !
Un des grands fléaux à Dubaï est, sans conteste, celui de la prostitution. Il y a véritablement de quoi satisfaire tous les goûts : Maghrébines, Asiatiques, Africaines, Européennes… Le goût des Emiratis se porte particulièrement sur les Marocaines qui forment une grande partie du contingent des prostituées de luxe au point qu’il est fortement recommandé aux Marocaines se trouvant à Dubaï d’éviter de divulguer leur nationalité tant celle-ci est en passe de devenir un synonyme de « prostituée » dans la vie courante.
J’avais toujours cru, naïvement, que l’on ne trouvait des prostituées que dans les endroits un peu louches et glauques des grandes villes. A Dubaï la prostitution est quasiment présente dans tous les lieux de sorties (restaurants, boîtes…). Même les restaurants chics n’échappent pas à cette règle. En plus de la variété ethnique des prostituées à Dubaï, il y en a pour toutes les bourses. Un commerce bien démocratique que celui de la prostitution !
Derniers moments à Dubaï.
A ces petites sorties se sont ajoutées des virées dans les malls (une institution à Dubaï), le souk de l’or et la belle plage d’Al Jumeira, de quoi avoir un petit aperçu de la vie à Dubaï…
Après ces quatre jours exténuants (tant physiquement que mentalement), je suis ravie de retrouver mon beau petit Sultanat d’Oman qui a su garder authenticité et modestie. Ravie de t’avoir connu ô Dubaï, tu m’as bien fait tourner la tête pendant quatre jours et quatre nuits mais c’est bel et bien Mascate qui a gagné mon cœur par son charme, son calme et sa douceur !
Conclusion après les quatre jours passés à Dubaï : VIVE MASCATE !
Amira S.